À l’ONU, le Mali plaide pour un multilatéralisme réformé et réaffirme sa souveraineté

Abdoulaye Diop, a porté un message centré sur la souveraineté, la lutte contre le terrorisme, l’autonomie stratégique et la réforme du système multilatéral. © DR

À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre à New York, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a porté un message centré sur la souveraineté, la lutte contre le terrorisme, l’autonomie stratégique et la réforme du système multilatéral. Au nom du président de la Transition, le général Assimi Goïta, il a également défendu la stratégie de l’Alliance des États du Sahel (AES) et appelé à une coopération internationale fondée sur le respect mutuel.

Le Mali veut contribuer à « restaurer la confiance » dans le système multilatéral tout en défendant une conception renouvelée des relations internationales. C’est le principal message délivré par Abdoulaye Diop devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à l’occasion de la 81ᵉ session ordinaire de l’organisation.

Prenant la parole au nom du président de la Transition, le général Assimi Goïta, le chef de la diplomatie malienne a d’abord salué l’élection du président de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale et rendu hommage à son prédécesseur. Il a également remercié le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour son action à la tête de l’organisation au cours des dix dernières années.

Le Mali défend un « multilatéralisme réformé »

Le ministre Diop a placé son intervention sous le signe du thème de la session : « Restaurer la confiance, accompagner les transformations : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».

Pour Bamako, la restauration de cette confiance passe par un retour aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, notamment l’égalité souveraine des États, le respect de leur intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires intérieures et le règlement pacifique des différends.

Abdoulaye Diop a notamment dénoncé ce qu’il considère comme une application sélective du droit international, ainsi que le recours aux politiques de sanctions et aux mesures coercitives unilatérales. Le Mali demande leur levée, estimant qu’elles affectent la souveraineté des États et les conditions de vie des populations.

Le ministre a également plaidé pour une réforme plus profonde du système multilatéral, avec une représentation accrue de l’Afrique dans les instances internationales où sont prises les décisions engageant l’avenir du monde.

Le Sahel au cœur du discours

La situation sécuritaire au Sahel a occupé une place centrale dans l’intervention. Abdoulaye Diop a établi un lien entre la crise actuelle dans la région et les conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye en 2011, qu’il accuse d’avoir contribué à l’aggravation de l’insécurité et à la propagation du terrorisme dans l’espace sahélien.

Le ministre a par ailleurs réaffirmé la condamnation du Mali du terrorisme et de ce qu’il présente comme le soutien de certains acteurs étatiques étrangers à des groupes armés opérant dans la région.

Dans ce contexte, il a particulièrement mis en cause l’Ukraine, en reprenant les accusations de Bamako concernant son implication présumée auprès de groupes armés au Sahel. Il a présenté cette question comme l’un des aspects d’une confrontation géopolitique plus large autour de l’Afrique et de son autonomie stratégique.

Le ministre a également évoqué les attaques des 25 avril et 4 juillet 2026 au Mali, qu’il a présentées comme l’illustration d’une coordination accrue entre différents groupes armés.

L’AES présentée comme un instrument d’autonomie stratégique

Face à la persistance de la menace terroriste, Abdoulaye Diop a défendu la démarche engagée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger au sein de la Confédération des États du Sahel.

Créée à Niamey le 6 juillet 2024, l’AES constitue, selon le ministre, un cadre destiné à permettre aux trois pays de « prendre en main » leur destin et de coordonner davantage leurs efforts dans les domaines de la sécurité et du développement.

Il a réaffirmé la détermination des dirigeants des trois États à poursuivre la lutte contre le terrorisme et a souligné le rôle des forces maliennes et de la Force unifiée de l’AES, ainsi que le soutien apporté par la Russie.

Bamako se dit parallèlement ouvert à la coopération avec tous les partenaires disposés à respecter les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de liberté de choix des partenariats.

La souveraineté économique comme prolongement de la souveraineté politique

Le discours ne s’est toutefois pas limité aux questions sécuritaires. Le ministre a fait de la souveraineté économique l’un des autres axes majeurs de son intervention.

Il a défendu une stratégie visant à accroître la mobilisation des ressources intérieures, à renforcer l’économie productive et à réduire la dépendance à l’aide internationale. Pour Bamako, l’aide extérieure peut accompagner le développement, mais ne saurait à elle seule répondre aux besoins structurels des pays africains.

Cette orientation doit notamment passer par la transformation locale des ressources naturelles, le développement des capacités nationales de production et l’investissement dans l’emploi et la formation des jeunes et des femmes.

Abdoulaye Diop a inscrit cette ambition dans le cadre de la « Vision Mali Kura 2063 » et de la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033).

Sécurité, réconciliation et refondation nationale

Sur le plan intérieur, le ministre a affirmé que le gouvernement entend poursuivre une stratégie globale associant sécurité, stabilité et développement.

Il a réitéré l’offre faite aux combattants disposés à déposer les armes et à rejoindre la République, en référence aux conclusions du Dialogue inter-Maliens et à la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale.

Il a également rendu hommage aux Forces de défense et de sécurité et aux victimes du terrorisme. Une mention particulière a été consacrée au général Sadio Camara, présenté comme une figure dont l’héritage de patriotisme et de sacrifice doit continuer à inspirer les générations maliennes et sahéliennes.

Palestine, climat et nouvelles technologies

Sur les dossiers internationaux, le Mali a réaffirmé son soutien au peuple palestinien et à son aspiration à disposer d’un État de plein droit.

Abdoulaye Diop a par ailleurs estimé que le système international traversait une période de profondes transformations. Selon lui, la question centrale n’est plus de savoir si le monde évolue vers davantage de multipolarité, mais de déterminer comment les différents pôles pourront coopérer.

Le changement climatique et la désertification ont également été abordés. Le Mali a appelé à renforcer l’accès aux financements climatiques et aux technologies adaptées aux réalités sahéliennes, tout en rapprochant les politiques de lutte contre la désertification, de sécurité alimentaire, de gestion de l’eau et de prévention des conflits.

Autre enjeu mis en avant : l’intelligence artificielle. Le ministre a plaidé pour que les pays africains ne soient pas seulement des utilisateurs de ces technologies, mais puissent aussi les maîtriser et participer à leur développement. Il a cité, à cet égard, la création au Mali d’un Centre d’intelligence artificielle et de robotique.

La migration présentée comme une richesse

Sur la question migratoire, le Mali a défendu une approche fondée sur la coopération internationale et le respect des droits des migrants.

Pays d’origine, de transit et d’accueil, le Mali considère la mobilité humaine comme une richesse historique et appelle à la protection des droits des personnes migrantes conformément aux conventions internationales.

Vers une ONU « refondée »

Abdoulaye Diop a appelé à une transformation du système multilatéral. Pour Bamako, l’Organisation des Nations Unies se trouve à un moment charnière et doit devenir plus représentative et plus attentive aux aspirations des peuples.

La réforme de la représentation internationale de l’Afrique figure ainsi parmi les priorités mises en avant par le Mali.

Le chef de la diplomatie malienne a réaffirmé la volonté de son pays de contribuer aux efforts internationaux en faveur d’un monde présenté comme plus pacifique, plus sûr, plus juste et plus solidaire.

À travers cette intervention, Bamako a donc réaffirmé les grandes orientations de sa politique étrangère : défense de la souveraineté, diversification des partenariats, renforcement de l’AES, recherche d’une autonomie stratégique et plaidoyer pour une réforme du multilatéralisme donnant davantage de poids à l’Afrique.

 

Auteur/Autrice

Également : ,

Autres articles