Lutte contre les flux financiers illicites : Bamako intensifie le rythme

Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousseni Sanou. © Présidence du Mali

Le 2 avril 2026, Bamako a lancé une nouvelle Évaluation nationale des risques liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.

Une nouvelle initiative malienne de lutte contre les flux financiers illicites intervient dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants, l’ampleur de l’économie informelle et le rôle stratégique du secteur aurifère.

Réunis au Centre international de conférences de Bamako, des responsables gouvernementaux ont officiellement ouvert les travaux sous la présidence du ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, Alousseni Sanou.

Plusieurs départements, notamment ceux en charge de la justice, de la sécurité, de la défense et de l’urbanisme, ainsi que des experts nationaux et des partenaires techniques, ont pris part à cette rencontre.

Cette mobilisation illustre le caractère transversal de la problématique, à la croisée des enjeux financiers, sécuritaires et économiques.

L’objectif est de mettre à jour l’analyse des risques liés au blanchiment de capitaux, au financement du terrorisme et à la prolifération des flux financiers illicites, afin d’ajuster les réponses institutionnelles et judiciaires.

Les conclusions attendues serviront également à réviser la stratégie nationale dans ce domaine et à renforcer le plan d’action pour les années à venir.

Au cœur du dispositif, la CENTIF assure un rôle clé dans la collecte, l’analyse et la transmission des informations financières suspectes. Elle coordonne également les travaux de synthèse de cette évaluation et veille au respect des normes régionales et internationales.

Les chiffres disponibles témoignent de l’ampleur du défi. Entre 2014 et 2018, 178 déclarations d’opérations suspectes avaient été enregistrées, dont la grande majorité provenait du secteur bancaire, soulignant son rôle central dans la détection des flux atypiques.

Toutefois, selon un rapport de suivi de 2024, plusieurs recommandations restent encore insuffisamment appliquées, maintenant le pays sous surveillance renforcée sur certains aspects réglementaires et techniques.

Cette problématique est d’autant plus préoccupante que l’économie informelle représenterait environ un tiers du PIB. L’importance des transactions en espèces, l’existence de circuits commerciaux parallèles et la forte liquidité de certains secteurs favorisent la circulation de fonds d’origine douteuse.

Le secteur aurifère constitue également un point de vigilance majeur. En 2025, la production industrielle d’or est estimée à plus de 42 tonnes, représentant une part prépondérante des exportations et une contribution significative au PIB. Les flux financiers liés à l’exploitation minière, notamment artisanale, figurent ainsi parmi les principaux axes d’analyse.

Cette évaluation s’inscrit enfin dans la perspective de la prochaine évaluation mutuelle prévue en 2027, un rendez-vous déterminant pour la crédibilité du dispositif national auprès des partenaires financiers et des institutions internationales.

Dans un contexte sahélien toujours marqué par la menace terroriste et la circulation transfrontalière de fonds illicites, cette initiative vise à renforcer les capacités nationales, à améliorer le renseignement financier et à consolider la confiance des partenaires dans le système de prévention et de répression.

Apanews

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