Militaires ivoiriens détenus au Mali : une affaire « tellement sensible qu’on parle à voix basse »

En août dernier, le président sénégalais Macky Sall qui assure la présidence de l'Union afr

La libération de trois militaires ivoiriens sur les 49 détenus au Mali est « un bon signe », a estimé le porte-parole du gouvernement ivoirien Amadou Coulibaly le 6 septembre 2022 assurant que les négociations se poursuivent. Le sort de ces soldats, dont une partie est libre depuis le 3 septembre, constitue un défi diplomatique pour Abidjan qui interpelle l’ensemble de la classe politique ivoirienne, notamment le principal parti d’opposition, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

« Le problème est tellement sensible qu’on parle à voix basse (…) Nous tenons beaucoup à nos rapports avec les pays voisins. Le président Bédié (ancien chef de l’Etat et responsable du parti, NDLR) a dit qu’il faut agir avec humilité, discrétion et diplomatie », a réagi le 5 septembre 2022 le porte-parole du PDCI, Bredoumy Kouassi, rapporte le site d’information ivoirien Abidjan.net

Une libération « à des fins humanitaires »

Le président togolais Faure Gnassingbé, dont le pays fait office de médiateur, a remercié dans un communiqué le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, « pour avoir accepté de libérer les trois militaires à des fins humanitaires ». Le chef de l’Etat togolais a également salué « l’implication personnelle » du président ivoirien, Alassane Ouattara « dans la recherche d’une issue favorable » dans cette affaire. 

Le 10 juillet, 49 soldats ivoiriens en tenue militaire, mais non armés, avaient débarqué à Bamako d’un avion de la compagnie nationale Air Côte d’Ivoire, un autre appareil transportant leurs armes. Ils avaient été aussitôt interpellés et interrogés sur les raisons de leur présence au Mali, n’ayant « ni ordre de mission, ni autorisation » pour y être, selon les autorités maliennes.

Dès le lendemain, ils avaient été accusés d’être des « mercenaires » venus au Mali avec le « dessein funeste » de « briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l’ordre constitutionnel ». Mais Abidjan assure que ces soldats étaient en mission pour l’ONU, dans le cadre d’opérations de soutien logistique à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et exige leur libération. En août, ils ont été inculpés et écroués pour « tentative d’atteinte à la sûreté de l’état ». 

Respecter « les nouvelles règles maliennes »

Dans ce dossier, l’ONU avait reconnu des « dysfonctionnements » dans une note adressée au gouvernement malien et admis que « certaines mesures n’ont pas été suivies ». « La Minusma note que les éléments ivoiriens ont été déployés à Sénou (Bamako, la capitale malienne) pour assurer la sécurité à la base des NSE allemands dans cette même localité, au lieu de Tombouctou (nord) où est basé le contingent ivoirien de la Minusma », est-il notamment expliqué.

« La République de Côte d’Ivoire, soucieuse de maintenir des relations de bon voisinage avec le Mali, s’engage à respecter les procédures des Nations unies ainsi que les nouvelles règles et dispositions maliennes édictées, relatives au déploiement des forces militaires au Mali« , a fait savoir le ministre directeur de cabinet à la présidence ivoirienne, Fidèle Sarassoro, lors d’une conférence le 3 septembre. 

Une multitude de médiateurs 

« Les discussions sont en cours pour que, très rapidement, les autres soldats en détention puissent retrouver leur liberté totale », a précisé le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey qui s’exprimait aux côtés de son homologue malien Abdoulaye Diop et du ministre ivoirien. 

« Nous restons optimistes. Nous sommes inscrits dans cette voie du dialogue, la voie diplomatique et nous ne doutons pas un seul instant que nos militaires rejoindront leurs familles », a indiqué le porte-parole du gouvernement ivoirien Amadou Coulibaly. En plus de celle du Togo, plusieurs autres médiations sont en cours pour obtenir la libération des militaires, notamment celle de leaders religieux maliens. 

En août dernier, le président sénégalais Macky Sall qui assure la présidence de l’Union africaine, a déclaré à la suite d’un rencontre avec le chef de la junte malienne « vouloir trouver une solution africaine » à ce contentieux » dans le cadre d’une solidarité africaine ».

L’affaire illustre les tensions entre le Mali et la Côte d’Ivoire, accusée par Bamako d’avoir incité ses partenaires ouest-africains à durcir les sanctions contre les militaires maliens auteurs de deux coups d’Etat depuis 2020, sanctions finalement levées début juillet.

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