Mali : délestages d’électricité, entre exaspération et système D face à la crise

délestages
Délestages d'électricité, entre exaspération et système D face à la crise. Photo d'illustration. DR

La fin de ce calvaire pour les habitants de la capitale malienne semble lointaine aujourd’hui. Les délestages perdurent à Bamako à une allure surprenante. Dix heures d’affilée sans électricité quotidiennement dans certains quartiers de la métropole. Alors que d’autres mettent en place des systèmes contournements pour s’adapter progressivement à cette période sans électricité.

La nouvelle musique en vogue dans la mégalopole malienne, est le ronronnement des groupes électrogènes. C’est l’effet de l’endémique coupure d’électricité qu’impose l’envahissant bruit de ces grosses machines à travers les larges ruelles souvent cahoteuses de la capitale malienne, Bamako. Aussitôt la sortie en fin d’octobre de la ministre de l’énergie et de l’eau, Bintou Camara, sur la chaîne de la télévision d’État – ORTM, a accentué les soupçons sur la société d’électricité du pays au sein de l’opinion. Elle a notamment évoqué une corruption organisée et généralisée au sein de l’entreprise, des vols des camions de citernes d’essence alimentant le courant, bref une gestion confuse. Une série d’accusations qui a fait réagir le syndicat de l’Énergie du Mali – EDM, lors d’une conférence de presse, ce 27 octobre. Les syndicats se sont inscrits “en faux” contre les accusations de la ministre et lui ont exigé “des preuves”. Même si, quelques jours après, un cadre de concertation avait réuni, le ministère, Edm et les fournisseurs de carburant, pour baliser un sentier de solution.

Pourtant, la ville continue de sombrer dans les ténèbres nuitamment. Une situation qui exaspère plusieurs maliens, des voix s’élèvent pour protester contre cette situation, “ça devient impossible de vivre chez nous. Nous n’avons pas d’électricité au travail, encore moins à la maison. Nous faisons souvent 24 heures sans électricité, c’est pénible de vivre de cette manière” se plaint Moussa Diarra, un soudeur. Il explique avoir perdu beaucoup de marchés dans cette situation “J’avais l’habitude de mettre à côté plus de 100 000 francs CFA à côté à la fin de chaque mois, mais depuis quelques mois cela est impossible. Je n’arrive même plus à respecter les délais convenus, chose bizarre aussi, la moitié de ce que nous gagnons est engloutie dans le groupe”.

Nous voulons vraiment savoir ce dont l’Edm souffre, parce que nous sommes vraiment curieuses de le connaître” s’étonne Aichata Sow, une ménagère à Moribabougou.

Cet imposant délestage fait également réagir les internautes maliens qui multiplient les hashtags pour protester contre ces “noirs qu’elle [Edm] nous facture”.

Comment le manque d’électricité a failli ruiner ma réputation

Mamadou Koné habite à Lafiabougou et est un webdesigner indépendant, il nous confie comment “ le délestage a failli me faire perdre des marchés et aussi de ruiner ma réputation auprès de ma clientèle qui est majoritairement composée d’étrangers”. Selon ses explications, son calvaire a débuté en 2020, mais “ la situation a atteint un point critique en juin dernier. Mon ordinateur, sans autonomie, me forçait à faire des pauses involontaires lors de coupures de courant. Les retards se sont cumulés, affectant mes projets et générant des plaintes des clients”, ce qui “a bouleversé mon plan, les coupures d’électricité sont devenues plus fréquentes, passant de 3 heures à parfois plus de 6 voire 7 heures”.

C’est à ce moment crucial que Koné a pensé à concevoir ce qu’il appelle un “système de back-up” sur les recommandations d’un ami, “c’est une batterie plus onduleur, cette solution forgée dans l’urgence, a redéfini la manière dont je gérais les imprévus”.

Mamadou Koné raconte comment marche son système “ c’est une batterie classique avec un onduleur et des câbles pour la charge et le partage. La batterie est chargée quand il y a de l’électricité à travers l’onduleur et vice-versa. La batterie une fois chargée peut faire 6 à 8 heures à produire l’électricité”.

Les délestages d’électricité continuent, mais mon système de back-up a transformé une menace en une assurance solide. Aujourd’hui, la réputation de ma marque reste inébranlable à ce niveau” se réjouit-il.

Lourd investissement dans l’énergie solaire

En avril 2021, l’ancien ministre de l’énergie et des mines, Lamine Seydou Traoré rassurait les consommateurs d’avoir « trouvé des solutions » qui prendront « du temps » dans les colonnes du magazine panafricain Jeune Afrique. Il soulignait de lourds investissements dans l’énergie renouvelable, pour pallier aux défis auxquels l’Edm est confrontée. Mais, de cette annonce à aujourd’hui, c’est le silence radio sur cet investissement dans l’énergie renouvelable qui serait une véritable alternance à ce fléau de coupure d’électricité au Mali.

Entre-temps, lors d’un séjour en octobre, de l’actuelle ministre de l’énergie et de l’eau en Russie, elle a annoncé l’implantation d’une centrale nucléaire au Mali avec le concours du Kremlin, qui est un partenaire stratégique du pays, actuellement. Pourtant, beaucoup ignore ce qu’une « centrale nucléaire fera. Nous ne savons pas combien de temps il faut pour son implantation et les autres… » a réagi un internaute dès l’annonce de la nouvelle.

En outre, au conseil des ministres du 22 novembre, le gouvernement a communiqué sur la réalisation de “deux centrales solaires de 200 mégawatts en partenariat avec la Russie”.

Il a été retenu la réalisation des centrales solaires de Bougouni (100 MWc) et de Sanankoroba (140 MWc sur le même site) et les travaux de construction de la ligne 225 kV double terne Sikasso-Bougouni-Sanankoroba-Bamako devront être exécutés avant le 31 décembre 2024 “, affirme le communiqué gouvernemental.

Mauvais payeurs

L’Edm croule sous une lourde dette de plus 500 millions d’euros (chiffres révélés en 2021). Le taux national d’accès à l’électricité était estimé à 38% en 2016, avec plus de 40 délestages majeurs par an, comme le rapporte JA en 2021. En parallèle, l’entreprise fait face à de multiples impayés : 1/4 de l’énergie produite par EDM (22,5 % en 2015) n’est tout simplement pas facturée. Par ailleurs, il faut noter que la compagnie publique d’électricité malienne survit jusqu’à présent grâce aux subventions de l’État. Ce dernier est cependant l’un des mauvais payeurs pour ses services, ce qui empêche l’entreprise de faire des investissements pour l’entretien de ses réseaux et d’augmenter sa capacité de production. Pourtant, les besoins en électricité sont en hausse de 12% par an depuis 7 ans.

Mohamed Camara / Malikonews.com

Auteur/Autrice

Également : ,

Autres articles