Au Kenya, sur les traces du pasteur Mackenzie et de ses dizaines de fidèles retrouvés morts

Quels secrets morbides renferme encore la forêt de Shakahola ? Sur la côte kényane, le contraste est saisissant entre ces bois où s’empilent les tombes creusées à la va-vite et la très prisée station balnéaire voisine de Malindi, distante d’une quarantaine de kilomètres. Dans l’une, la bourgeoisie du pays profite du sable blanc de l’océan Indien ; dans l’autre, les membres de la secte du pasteur Paul Mackenzie sont morts les uns après les autres, affamés, enterrés sous une terre ocre, en attendant le Jugement dernier.

L’odeur indique une mort lente. Celle de corps pourris au soleil, dans une forêt côtière où le thermomètre affiche plus de 30 °C. L’air y est lourd. « J’ai perdu l’odorat depuis les opérations de secours », indique Victor Kaudo, responsable du centre de justice sociale de Malindi. Il est l’un des premiers à s’être rendus dans cette forêt reculée pour tenter de sauver les corps fébriles qui se laissaient lentement emporter par la faim et la chaleur. Ceux des adeptes de l’Eglise internationale de la Bonne Nouvelle, du pasteur Mackenzie, prophète autoproclamé qui leur a ordonné d’entamer un jeûne extrême pour « rencontrer Jésus ». Selon le gourou, la fin du monde doit intervenir en juin.

Les autorités ont déployé un dispositif militaire à Shakahola pour effecteur les recherches. Depuis fin avril, elles ont exhumé 110 corps et secouru une cinquantaine de personnes. Des centaines d’autres se trouveraient entre la vie et la mort. La Croix-Rouge kényane estime que 540 individus errent encore dans le bush tandis que le procès de leur chef, Paul Mackenzie, commence à Mombasa, la deuxième ville du pays. Les opérations de secours continuent, sans que quiconque d’autre puisse approcher de la mystérieuse forêt, participant à alimenter les rumeurs les plus folles sur l’un des faits divers les plus tragiques de l’histoire du Kenya.

Vivant depuis quatre ans dans ces bois

Qui aurait pu se douter d’un tel carnage commis à huis clos, loin des regards, dans une large parcelle de terre désertée de tous ou presque ? C’est de l’un des quelques bergers faisant brouter leurs troupeaux qu’est venue la première alerte, en mars. L’éleveur rapporte alors avoir aperçu des silhouettes squelettiques se laissant mourir, les mains liées par des cordes. Non loin, des monticules de sable signalent d’étranges sépultures.

Cela faisait quatre ans que Paul Mackenzie et ses adeptes habitaient silencieusement les bois. En 2019, suite à des ennuis avec la justice, le faux pasteur avait fermé et vendu son église de Malindi et déclaré publiquement sa reconversion dans l’agriculture. Cette année-là, il achète les 800 hectares de Shakahola, loin de toute civilisation, pour y continuer secrètement ses projets. Des centaines de fidèles le suivent dans son aventure mortelle.

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