A Nairobi, l’Afrique dénonce l’impact des taux d’emprunt élevés sur son développement

Le président de la BAD, le Nigérian Akinwumi Adesina. © BAD
Il y a urgence à réformer l’architecture financière mondiale, qui pénalise l’Afrique avec notamment des taux d’emprunts élevés, ont réaffirmé cette semaine à Nairobi des responsables africains lors des rencontres annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).La croissance africaine devrait progresser de 3,1% en 2023 à 3,7% en 2024, puis à 4,3% en 2025, selon la BAD qui estime cette performance honorable vu le contexte économique mondial mais insuffisante au regard de la forte croissance démographique.

Pour « transformer l’Afrique », thème de cette édition 2024, les gouvernements ont besoin d’immenses ressources financières, a ainsi pointé William Ruto, le président du Kenya, pays hôte de cette conférence après l’Egypte en 2023.

« Cependant, nous faisons face à la barrière rigide d’une architecture financière mondiale qui est fondamentalement désalignée par rapport à nos aspirations », a-t-il déclaré mercredi lors d’une cérémonie officielle.

« Nous empruntons sur les marchés internationaux à des taux d’intérêt bien au-dessus de ceux payés par le reste du monde, souvent jusqu’à 8 ou 10 fois plus », a précisé M. Ruto.

Après plusieurs années d’accès très restreint aux marchés, le Kenya, un poids lourd économique du continent, a pu lever en février un eurobond de 1,5 milliard de dollars, à environ 10% d’intérêts.

A titre de comparaison, le rendement des emprunts d’État français à 10 ans est actuellement d’environ 3%.

Le président de la BAD, le Nigérian Akinwumi Adesina, a également décrié lundi lors d’une conférence de presse ce « surcoût » néfaste pour le développement d’un continent de 1,4 milliard d’habitants.

« Les Africains empruntent à des taux de rendement au-dessus de ceux d’autres (pays) qui ont des notations (financières) similaires », a-t-il ajouté.

Citant un chiffre de l’agence des Nations unies pour le développement (UNDP), il a souligné qu’une « évaluation plus juste du risque africain » offrirait une économie de 75 milliards de dollars par an sur le service de la dette.

M. Adesina a par ailleurs appelé à rééquiliber la part de la dette commerciale face à la dette bilatérale, respectivement situées aujourd’hui à 48 et 25%, en favorisant les prêts à taux concessionnel, c’est-à-dire peu élevés.

L’appel à une réforme de l’architecture financière mondiale, à l’heure où l’Afrique connaît des niveaux importants d’endettement et de fluctuations de ses monnaies, est un sujet croissant dans les milieux économiques africains.

Le président Ruto s’affiche comme l’un de ses fers de lance, ayant déjà porté ce sujet lors du Sommet africain sur le climat, à Nairobi en septembre 2023, et lors du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, à Paris en juin 2023.

Avec AFP

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